Région naturelle

A mesure que la géographie se détache de l'histoire et à mesure qu'elle cesse d'être descriptive, elle doit donc adopter les divisions qui se prêteront le mieux au classement et à l'interprétation des faits, c'est à dire les emprunter à la nature elle-même.

[...] c'est pour des raisons plus hautes, touchant à la conception même de la géographie, qu'il faut s'en tenir aux conditions physiques. Rechercher dans la variété, dans la complexité des faits où intervient l'activité de l'homme ceux où se marque l'influence du milieu, c'est la propre tâche de toute la partie de la géographie qui n'étudie pas simplement les phénomènes naturels et qu'on s'accorde aujourd'hui à appeler la géographie humaine [...] il faut, lorsqu'on veut rendre compte des faits humains, penser toujours à l'influence du milieu. Or comment reconnaître cette influence sans une étude préalable, indépendante, du milieu physique?

[...] C'est à ces unités, grandes ou petites, qu'il convient de réserver le nom de "région naturelle". J'ai dit d'ordre physique. Je crois en effet que c'est dans la nature qu'il faut chercher le principe de toute division géographique. On objectera que, dans nos pays de vieille civilisation, ce n'est plus la véritable nature que nous avons sous les yeux, mais une nature modifiée, transformée par le travail des générations humaines.

Lucien Gallois, Régions naturelles et noms de pays, 1908

 

Région polarisée

Dès que l'on conçoit l'espace non plus comme une juxtaposition d'aires plus ou moins étendues, mais comme le champ d'action de flux de tous ordres, quantité de structures possibles se présentent à l'esprit. On peut prendre en considération successivement les forces les plus diverses: polarisation créée par une industrie motrice autour de laquelle gravitent des satellites; puissance d'attraction migratoire d'un centre urbain; liens créés par des relations commerciales qui s'expriment en termes de marché d'un produit.[...] Ces forces intéressent le géographe dans la mesure où elles se combinent pour se traduire dans une certaine organisation de l'espace . Or l'analyse montre qu'elles se nouent en certains centres, qui sont des foyers d'impulsion et qui modèlent une structure spatiale mouvante, mais saisissable à un moment donné. [...]

Ainsi fondé sur la vie de relations, l'espace fonctionnel s'exprime moins par des limites que par son centre et par les réseaux de tous ordres qui en émanent. L'analyse régionale ne s'appuie plus sur la découverte d'espaces uniformes, mais sur l'étude de la hiérarchie des centres, de la densité et de l'intensité des flux.[....] Nous proposons de dire: la région n'est généralement pas un Etat; mais elle est dotée d'une certaine autosuffisance, nullement dans le sens d'une autarcie économique, mais dans la mesure où la plupart des fonctions et services les plus importants y sont représentés, de sorte que la région est capable de satisfaire la plupart des besoins de ses habitants, sa métropole possédant un pouvoir d'impulsion et de décision, et le recours à l'échelon le plus élevé ne concernant que des domaines exceptionnels ou très spécialisés.

Etienne Juillard , "La région, essai de définition", Annales de géographie, 1962