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Paysage

 
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Défini par le dictionnaire Robert comme une “partie de pays que la vue présente à un observateur”, le paysage constitue une notion fondamentale dans l’approche géographique, comme le sont aussi l’espace, le milieu, le territoire, ou la région. Même s’il est également investi par d’autres disciplines, comme l’agronomie, l’architecture, ou l’archéologie, pour l’étude du phénomène, et l’esthétique ou l’histoire littéraire ou culturelle, pour l’étude des représentations qui y sont attachées, il reste un thème emblématique de la géographie, par-delà la variété des façons dont il a été thématisé dans la discipline.

Développé en Occident comme genre de représentation de la nature à partir de la Renaissance, il n’est devenu une catégorie ordinaire de perception que lorsqu’il a émergé comme pratique iconographique et type de représentation esthétisante, puis comme valeur, depuis le sentiment du “sublime” devant la Nature des Romantiques jusqu’aux politiques contemporaines de préservation, en passant par le développement du tourisme. Lesté par cette histoire, le mot est fortement connoté et tend toujours à être ambigu, désignant à la fois le phénomène et sa représentation, c’est-à-dire aussi, par métonymie, les codes qui encadrent celle-ci et définissent les éléments d’un “beau paysage” et les lois de leur composition.

Dans la géographie régionale descriptive qui a constitué l’horizon de la discipline jusqu’aux années 1960, la référence au paysage est omniprésente, même si tous les travaux ne relevaient pas de cette veine paysagère. Les descriptions raisonnées de contrées (généralement des région, définies par le relief ou le climat) apprécient les phénomènes dans leur profondeur historique et s’attachent à mettre en relation ces phénomènes, avec une attention privilégiée pour la façon dont la mise en valeur a tiré partie des aptitudes du milieu et en montrant la marque des sociétés dans le paysage. Pour chaque espace étudié, une régionalisation est proposée (qui, en même temps qu’un but de l’étude, est une nécessité de présentation) identifiant des régions homogènes définies chacune par un paysage, qui est une reconstruction intellectuelle, “une situation moyenne, plus réelle, si l’on veut, que celle que livrerait un exemple ponctuel puisqu’elle évite l’exceptionnel, le non-représentatif” (Paul Claval, Géographie humaine et économique contemporaine, 1984, p.329 - on peut ajouter que l’art du géographe consiste à relever le significatif sous forme de notations paysagères concrètes qui viennent étayer ses généralisations). Si elle étudiait donc le paysage-phénomène, la géographie régionale classique n’en a pas moins à son tour constitué le paysage en un type de représentation, marqué par certains biais, comme l’accent sur les formes du relief, à la fois parce que les régions homogènes correspondent largement à des unités de relief, mais aussi parce que la géomorphologie jouissait d’une position institutionnelle forte à l’époque où cette approche régionale dominait.

Si les études de géographie humaine et économique ont cessé de s’appuyer sur une référence privilégiée au paysage à partir des années 1950 (voir la rubrique “historique”), son approche a été depuis profondément renouvelée. Paradoxalement, il a fait l’objet, dans les dernières décennies, d’une réflexion méthodologique que les praticiens de la géographie régionale n’avaient pas développée. Il faut dire que ceux-ci regardaient en quelque sorte “à travers” le paysage, y prélevant des parties (les “notations paysagères” évoquées plus haut) sans vraiment l’appréhender comme un tout et sans penser la forme de perception qu’il constitue (une forme totalisante) ni questionner les “filtres” et la connivence (ou l’étrangeté) qui affectent le regard qu’on porte sur lui.

Deux champs développés dans les dernières décennies illustrent la pertinence renouvelée du paysage : l’un étudie le paysage-phénomène, l’autre étudie le paysage-représentation. Connexe aux sciences naturelles, le premier est l’étude de la dimension spatiale des écosystèmes par les biogéographes, qui s’est constituée en une véritable “écologie paysagère” (pour laquelle la télédétection offre l’intérêt d’une source d’information uniformisée, à la fois dans l’espace et dans le temps, ce qui permet de suivre l’évolution des couverts végétaux sur la durée) ; proche des études littéraires et culturelles, le second est l’étude des représentations du paysage et de la sensibilité aux paysages par la géographie culturelle.

A l’époque contemporaine, une défense et illustration de la géographie comme approche globale permettant de déchiffrer les paysages nous est offerte par l’œuvre de Philippe Pinchemel : loin d’une référence incantatoire et vague au paysage, elle nous invite à un regard systématique sachant assigner les formes aux processus qui les façonnent, dater le moment de leur mise en place, apprécier les rythmes d’évolution propres à chacune, et évaluer les rapports de force entre processus dans la dynamique actuelle.

<H1>Historique du paysage</H1>
<H1>Autres conceptions du paysage</H1>


Cyril Gosme

Bibliographie :

Daniels, S. & Cosgrove, D.E. (sous la direction de), 1987, The Iconography of Landscape, Cambridge University Press
Jackson, John B., 1984, Discovering the Vernacular Landscape, Yale University Press
Pinchemel, Philippe et Geneviève, 1988 (plusieurs fois réédité), La face de la terre. Eléments de géographie, Armand Colin
Rougerie, Gabriel, & Beroutchatchvili, Nicolas, 1991, Géosystèmes et paysages. Bilan et méthodes, “U”, Armand Colin
Besse, Jean Marc, 2000, Voir la Terre, six essais sur le paysage et la géographie Paris, ActesSud, ENSP/Centre Du Paysage.