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Tropiques

 
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Au sens strict, deux parallèles de latitude 23°27’ nord et sud, dont la signification est liée à un facteur cosmique assez stable, l’inclinaison de l’axe des pôles par rapport au plan de l’écliptique. Ils ont été nommés à partir de signes du zodiaque, (tropique du cancer pour l’hémisphère nord, tropique du capricorne pour l’hémisphère sud).
Par extension, les tropiques désignent les parties du monde comprises entre ces deux parallèles, caractérisées en premier lieu par leurs climats. Mais ces domaines ont été considérés aussi dans des perspectives plus larges, et prises parfois comme sujet d’étude d’une partie de la géographie.

Deux parallèles singuliers.
Tous les jours, dans sa course diurne, le soleil passe à une hauteur maximale (« passage au méridien », au milieu du jour, « midi »). Le long des tropiques, une fois par an, au moment du passage au méridien, les rayons du soleil tombent verticalement sur la terre, il y a « passage au zénith ». Au nord et au sud des tropiques, le soleil ne passe jamais au zénith ; entre les tropiques, ce passage a lieu deux fois. C’est ce phénomène cosmique qui permet de définir les tropiques, comme les parallèles le long desquels le soleil passe au zénith à midi une fois et une seule au cours du cycle solaire annuel. (Ou, en changeant de repères, au cours de la rotation de la terre autour du soleil)
Ce rythme a été souvent décrit comme « le mouvement apparent du soleil ». En effet il passe au zénith à l’équateur le 21 mars « équinoxe de mars », puis de plus en plus au nord jusqu’au 21 juin, où il passe au zénith au tropique nord, puis il passe au zénith de plus en plus au sud, pour passer de nouveau au zénith à l’équateur le 23 septembre (équinoxe de septembre). Un mouvement symétrique a lieu entre septembre et mars, dans l’hémisphère austral, avec passage du soleil au zénith au tropique sud le 22 décembre.
Par rapport aux repères terrestres, le lieu de passage au zénith « se déplace » par un aller retour entre équateur et tropiques. Le déplacement vers le nord ou le sud « s’arrête » en quelque sorte respectivement les 21 juin et 22 décembre. Ces dates sont donc appelées « solstices » (de sol=soleil et stare = s’arrêter). De même, c’est sur une référence à ce « mouvement » qu’est fondée l’étymologie du mot tropique, du grec tropein, « tour », « tourner »

Un domaine climatique.
L’apport d’énergie solaire à l’atmosphère terrestre dépend de la durée du jour et de la hauteur du soleil au dessus de l’horizon. Entre les tropiques, la première n’est jamais faible, et la seconde est remarquablement forte. Aussi les bilans thermiques (différence entre les apports de chaleur par rayonnement solaire et les pertes par rayonnement terrestre) sont-ils positifs en année moyenne dans la zone tropicale (et même au-delà, c’est autour des 38 ème degrés nord et sud que s’inversent les bilans). Les différences entre bilans thermiques sont le moteur majeur d’une série de mouvements verticaux et horizontaux de l’atmosphère. L’ampleur des premiers est favorable aux précipitations.
Ainsi, les régions intertropicales sont-elles caractérisées par des climats chauds et pluvieux dans leur ensemble. Il faut cependant distinguer deux types au moins de climats entre les tropiques :
- Des climats où les contrastes saisonniers de températures sont très faibles, et où les différents mois peuvent tous être considérés comme « humides » (précipitations supérieures à l’évapotranspiration potentielle), même si l’abondance pluviale varie parfois de façon très sensible). Ces climats sont le mieux représentés aux plus basses latitudes.
- Des climats où apparaissent des contrastes entre périodes humides (en général pendant l’été de l’hémisphère considéré) et périodes sèches, (en général pendant l’hiver de l’hémisphère considéré). Les contrastes thermiques s’affirment aussi, avec notamment des paroxysmes thermiques en fin de saison sèche, autour des équinoxes « de printemps ».
La littérature (et les cartes) relatives à la classification mondiale des climats comportent des ambiguïtés : Ou bien on nomme « climats équatoriaux » les premiers et « climats tropicaux » sensu stricto les seconds ; ou bien on nomme « climats tropicaux » les deux types de climats ; il convient alors de préciser si l’on fait référence à des « climats tropicaux sans saison sèche » ou à des « climats tropicaux à saison sèche et humide alternées ».
Les climats tropicaux sensu stricto sont bordés du côté polaire
- Par des climats qui restent chauds mais présentent de longues saisons sèches à l’ouest et au centre des masses continentales.
- Par des climats qui conservent une longue et abondante saison pluvieuse, mais comportent une saison de refroidissement hivernal net sur les façades orientales des continents.
En quelque sorte, on peut dire que la « sortie » du domaine tropical se fait « vers le sec » à l’ouest et au centre des continents, et à des latitudes relativement faibles, « vers le froid » à l’est, et plus haut en latitude. Aussi, le domaine des climats tropicaux se limite en deçà des tropiques sur les façades ouest et le centre des continents, et souvent au-delà sur les façades orientales. Cette dissymétrie a eu des conséquences considérables sur l’histoire des peuplements.
Dans une très large mesure, les pluies d’été des régions tropicales, et leur extension remarquable vers des latitudes moyennes à l’est des masses continentales est dû au rôle des moussons d’été. L’importance de ces courants transéquatoriaux de l’hémisphère en hiver vers l’hémisphère en été dans certaines régions du globe, notamment en Asie du sud et de l’est, a souvent conduit à lui appliquer l’expression de « climat de mousson ». Il s’agit en fait d’un climat tropical sensu stricto tel qu’il a été décrit ci-dessus ; il est certes particulièrement étendu, mais il appartient distinctement à un type représenté dans des parties importantes de la zone intertropicale tout autour de la Terre. (Durand-Dastès F 1990).

Un objet géographique particulier ?
Plus explicitement que d’autres domaines de la géographie mondiale, « les tropiques » -une expression souvent utilisée pour désigner les régions entre les tropiques- ont été considérés comme dotés d’une personnalité particulièrement affirmée, ce qui a conduit à définir une « géographie tropicale ». En fait, l’expression a un double sens, assez bien défini par Gilles Sautter. (Sautter, G. in Durand-Lasserve et al. 1984).
- Une première acception se fonde sur le fait que des praticiens de différentes disciplines, parmi lesquels beaucoup de géographes « donnent au mot tropical une signification forte (et privilégient) la cascade de relations en chaîne en aval d’un fait climatique indiscutable, la chaleur associée à l’humidité saisonnière ou permanente. Ce point de vue....fonde une première acception donnée à l’expression géographie tropicale » La cascade de relations est étendue la fois à tous les aspects de la nature et « à toutes les implications du côté de l’humain, des sociétés. » (Les italiques sont de G Sautter).
- « S’agissant des géographes, l’adjectif tropical couvre en même temps une acception tout à fait différente..... La géographie tropicale n’est plus alors un éclairage donné aux choses ou une démarche spécifique, mais tout simplement la pratique d’un ensemble de géographes que des goûts, des circonstances ou des affinités ont conduit à travailler en Afrique, en Amérique Latine ou en Asie. (Ils) se connaissent bien entre eux, subissent les mêmes contraintes et partagent un certain nombre de problèmes existentiels ».
Les pratiques relevant de ces deux acceptions ont abouti à une autonomisation de la « géographie tropicale », plus nette sans doute que pour d’autres domaines distingués à partir de critères climatiques. Elle s’est accompagnée d’une institutionnalisation, notamment en France ; ainsi, le « centre de géographie tropicale » (CEGET) a longtemps occupé une place importante parmi le petit nombre de laboratoires propres de géographie du CNRS. Mais d’autres pays et les institutions internationales ont aussi des formations centrées sur la géographie des tropiques.
La pertinence des pratiques liées à cette institutionnalisation a été l’objet de critiques, qui ont été étendues à la notion même de géographie tropicale. En particulier, un certain nombre de géographes travaillant sur des régions incluant des domaines « tropicaux » ont insisté sur l’idée que des notions socio-économiques, comme celle de « Tiers Monde » ou de « sous développement » suggèrent des grilles d’analyse plus pertinentes. Des discussions actives autour de ces thèmes ont trouvé des échos dans des revues de géographie dans les années 1980/90. (Voir par exemple le compte rendu d’un débat dans « l’Espace géographique, N° 4 de 1984).
Ces débats ont des relations plus ou moins directes avec des discussions qui ont tourné autour d’appréciations d’ensemble portées sur « les tropiques ». Elles ont été largement centrées en France autour de l’œuvre de Pierre Gourou, et d’un changement de perspective opéré par cet auteur, d’une vision très pessimiste du « monde tropical » dans ses « Pays tropicaux » de 1947, à une présentation plus nuancée dans son livre intitulé des façon significative « Terres de bonne espérance. Le monde tropical », paru en 1982. Les questions épistémologiques autour du monde tropical retiennent encore la curiosité et suscitent des débats (Bruneau 2006 ; Clayton and Bowd, 2006).

François Durand-Dastes

Références.

- Bruneau M. 2006 Les géographes français et le tropicalité , à propos de l’Asie des moussons. L’espace géographique. 200-3, p193-207 ;

- Clayton D. , Bowd G. 2006 Geography, tropicality and post colonialism : anglophone and francophone readings of the work of Pierre Gourou. L’espace géographique. 2006-3 p 208-221.

- Durand-Dastès F ; 1990. Fluides en mouvement, la dynamique des climats. IN Brunet R , Dollfus O. (dir. de) Mondes nouveaux. Géographie Universelle Tome 1 ; Paris ; Hachette-Reclus p. « 324-335.

- Durand-Lasserve A ; Doumenge JP ; Sautter G. ; Dollfus O. ; Durand-Dastès F.Langlet Quach T. ;
- Bonnemaison J. 1984 Géographie tropicale et géographie du Tiers Monde. L’espace géographique.
1984- 4, p 338-352

- Gourou P 1947 Les pays tropicaux : principes d’une géographie humaine et économique. Paris PUF,

- Gourou P. 1982 Terres de bonne espérance Le monde tropical. Paris, Plon 456 p